Le 24 juin 2026, l’ARS Nouvelle-Aquitaine a organisé à Bordeaux, avec l’appui du Gérontopôle Nouvelle-Aquitaine, une journée régionale consacrée à l’activité physique adaptée en EHPAD. Chercheurs, enseignants en APA, professionnels du grand âge et représentants institutionnels ont confronté les données scientifiques aux enseignements d’un déploiement régional de grande ampleur : 552 programmes antichute soutenus dans 304 établissements et plus de 5 500 résidents concernés.
Une journée pour croiser les connaissances
Organisée à l’Université de Bordeaux, sur le site Pey-Berland, la rencontre a été ouverte par Anne Sophie Rousseau-Lavaud, aux côtés du professeur Patrick Dehail. Elle s’inscrivait dans l’animation du plan régional antichute, dont les programmes d’activité physique adaptée en EHPAD constituent une action majeure.
La journée poursuivait un double objectif. Le premier consistait à rapprocher les premières analyses du déploiement régional des travaux scientifiques consacrés aux effets de l’activité physique adaptée chez les personnes âgées vivant en établissement.
« Cette journée vise à faire le lien entre les premières analyses du déploiement antichute et les travaux de recherche actuels », explique Mathieu Vergnault, chargé de mission sport-santé à l’ARS Nouvelle-Aquitaine.
Le second objectif était de recueillir l’expérience des professionnels : les difficultés rencontrées, les organisations mises en place et les solutions trouvées pour inscrire durablement l’APA dans le fonctionnement des établissements.
Recherche, évaluation et expérience professionnelle
La matinée a permis de présenter les connaissances scientifiques sur l’efficacité de l’activité physique adaptée, l’implantation de programmes probants en EHPAD et la motivation des résidents.
Cette dernière constitue un enjeu central. Les personnes accompagnées sont souvent très âgées et peuvent présenter des limitations physiques, une peur de chuter ou des troubles cognitifs. La participation ne peut donc pas reposer sur une simple inscription à une activité. Elle suppose de prendre en compte leurs capacités, leurs envies et les freins propres à chacun.
Entre les interventions des chercheurs, l’équipe de l’ARS a présenté les données recueillies auprès des établissements : caractéristiques des participants, assiduité aux séances, évolution des indicateurs et conditions de mise en œuvre.
L’après-midi était consacré à des ateliers participatifs. Les professionnels ont travaillé sur plusieurs questions concrètes : comment mobiliser les résidents ? Comment organiser les séances avec les autres activités et les soins ? Comment renforcer la coopération entre les métiers ? Quelle place donner à l’APA dans le projet personnalisé ?
Cette construction autour de trois sources de connaissances — les travaux scientifiques, les données d’évaluation et l’expérience des équipes — devait permettre de mieux comprendre ce qui fonctionne en conditions réelles et ce qui peut encore être amélioré.
Des programmes structurés sur la durée
Les programmes soutenus par l’ARS s’inspirent des recommandations scientifiques concernant la prévention des chutes chez les personnes âgées en établissement.
Ils se distinguent des interventions ponctuelles ou limitées à une séance hebdomadaire. La première année prévoit deux séances par semaine, conduites par des enseignants en activité physique adaptée.
« Ces programmes cadrent un nombre de séances important sur la première année : deux séances par semaine », précise Mathieu Vergnault.
Cette régularité permet de travailler dans la durée l’équilibre, la marche, la coordination, la force musculaire et les capacités nécessaires aux déplacements quotidiens. Les exercices sont adaptés aux possibilités et à l’état de santé de chaque participant.
Le programme comprend également des évaluations portant notamment sur les capacités physiques, la peur de chuter et la santé perçue. Réalisées à différents moments, elles permettent d’ajuster les séances et de suivre l’évolution des résidents.
L’enseignant en APA occupe une place centrale, mais il n’intervient pas seul. La mise en œuvre mobilise plusieurs professionnels pour identifier les participants, partager les informations utiles, organiser leur présence et intégrer l’activité au projet d’accompagnement.
Cette coordination pluriprofessionnelle est indispensable. Elle demande néanmoins une organisation précise entre les séances, les soins, les disponibilités des résidents, les espaces accessibles et les contraintes quotidiennes de l’EHPAD.
Plus de 5 500 résidents concernés
Le changement d’échelle constitue l’une des particularités de l’action menée en Nouvelle-Aquitaine.
Deux appels à candidatures, financés sur des crédits non reconductibles, ont permis de soutenir 552 programmes dans 304 établissements. Au total, 9,4 millions d’euros ont été mobilisés et la cohorte de résidents suivis dépasse désormais les 5 500 personnes.
Il s’agit, à la connaissance de l’équipe chargée du programme, de la plus grande cohorte française constituée dans le cadre de programmes antichute fondés sur l’activité physique en EHPAD.
L’action régionale en chiffres
552 programmes antichute
304 établissements
Plus de 5 500 résidents
9,4 millions d’euros mobilisés
Deux séances par semaine pendant la première année
Cette ampleur permet d’étudier non seulement les effets des séances sur les résidents, mais aussi les conditions nécessaires pour déployer un programme probant dans des établissements aux profils et aux organisations très différents.
Un accompagnement au-delà du financement
Le financement des programmes s’accompagne d’un suivi des établissements.
Des webinaires ont été organisés pour présenter le cahier des charges, expliquer les différentes étapes et préciser les modalités de recueil et d’export des données. L’ARS analyse ensuite les indicateurs transmis, notamment après six mois de déploiement.
Ce suivi permet de repérer les établissements rencontrant des difficultés : mobilisation insuffisante des résidents, interruptions de séances, contraintes internes ou problèmes de transmission des informations.
L’accompagnement peut alors être ajusté. L’objectif n’est pas seulement de vérifier le respect du programme, mais d’identifier les obstacles et d’aider les équipes à trouver des réponses adaptées à leur organisation.
Des premiers effets encourageants
Les données quantitatives sont toujours en cours d’exploitation. Il est donc trop tôt pour présenter des conclusions définitives sur l’ensemble des participants.
Les retours qualitatifs transmis par les établissements font néanmoins apparaître des effets encourageants.
« Les résidents impliqués stabilisent, voire améliorent leurs capacités physiques, notamment leur déambulation et leur autonomie », observe Mathieu Vergnault.
Les séances régulières structurent également la semaine. Elles donnent aux résidents des rendez-vous identifiés, les encouragent à sortir de leur chambre et créent de nouvelles occasions de rencontrer les autres.
L’APA peut ainsi agir sur plusieurs dimensions : les capacités physiques, mais aussi la confiance, les relations sociales et la participation à la vie de l’établissement.
Les équipes signalent par ailleurs une dynamique interprofessionnelle renforcée. La préparation et le suivi des séances conduisent les différents métiers à mieux partager leurs observations sur les capacités, les envies et les évolutions des résidents.
Ces effets devront désormais être confrontés aux évaluations en cours.
L’activité physique, un axe du plan antichute
La démarche régionale s’inscrit dans le plan national antichute lancé en 2022. Celui-ci avait pour objectif de réduire les chutes graves chez les personnes de 65 ans et plus en agissant sur cinq axes : le repérage des risques, l’adaptation du logement, les aides à la mobilité, l’activité physique et la téléassistance.
Le plan identifie l’activité physique comme un levier essentiel pour préserver les capacités fonctionnelles et prévenir la perte d’autonomie. Il encourage le développement de programmes adaptés aux capacités des personnes et coordonnés avec les autres interventions de prévention.
En Nouvelle-Aquitaine, cet enjeu est particulièrement important. En 2024, 9 % des quelque 20 000 séjours hospitaliers liés à une chute concernaient des résidents d’établissements sociaux et médico-sociaux, selon les données présentées par l’ARS lors de la journée.
Le choix régional a donc été de dépasser les actions isolées pour financer des programmes réguliers, fondés sur les connaissances scientifiques, conduits par des professionnels qualifiés et intégrés à une coordination pluriprofessionnelle.
Faire évoluer les prochaines actions à partir du terrain
La journée du 24 juin ne constituait pas seulement un temps de restitution. Elle devait aussi alimenter la suite de l’action régionale.
Les échanges ont permis d’identifier les conditions favorables au déploiement des programmes : l’implication de la direction, la coopération entre les professionnels, la régularité des séances, l’adaptation aux capacités des participants et l’intégration de l’APA au projet personnalisé.
Ils ont également mis en lumière plusieurs points de vigilance : la disponibilité des équipes, la mobilisation des résidents, les contraintes d’organisation et la nécessité de préserver le sens de l’activité pour chaque personne.
Les enseignements issus des ateliers et de l’analyse des données doivent désormais aider l’ARS à ajuster les modalités d’accompagnement et à faire évoluer d’éventuelles prochaines actions.
À travers ce déploiement, l’activité physique adaptée n’est plus envisagée comme une animation complémentaire, mais comme une intervention de prévention à part entière. Lorsqu’elle est régulière, évaluée et intégrée au fonctionnement de l’établissement, elle peut contribuer au maintien de l’autonomie, à la participation sociale et à la qualité de vie des résidents.