Comment préparer les services d’aide et de soins à domicile aux conséquences du dérèglement environnemental, tout en préservant la qualité de vie et les conditions de travail des professionnels ?
C’est l’ambition du programme AQTEA, qui propose aux structures un parcours associant sensibilisation, formation, accompagnement et évaluation.
L’objectif est de les aider à mieux comprendre les risques auxquels elles sont confrontées, à anticiper leurs conséquences sur l’activité et à construire des réponses adaptées aux réalités du travail à domicile.
La phase de formation interstructures du programme s’achèvera le 15 septembre 2026. Elle sera ensuite prolongée par des temps de travail organisés au sein de chaque service afin d’associer plus largement les équipes aux plans d’action élaborés.
Douze structures sensibilisées et sept engagées dans le parcours complet
Le programme AQTEA a débuté par deux journées de formation destinées aux dirigeants de structures d’aide et de soins à domicile.
Au total, 17 participants représentant 12 structures différentes ont pris part à cette première étape.
Ces journées leur ont permis de mieux appréhender les enjeux de la transition écologique et les conséquences du dérèglement environnemental sur leur secteur d’activité.
Parmi les douze structures représentées, sept ont choisi de poursuivre leur engagement dans le parcours complet.
Chacune d’elles a constitué un trinôme d’ambassadeurs de la transition écologique et de la qualité de vie et des conditions de travail. Ces groupes réunissent, autant que possible :
- un dirigeant ;
- un encadrant intermédiaire ;
- un professionnel intervenant à domicile.
Cette composition permet de croiser les points de vue, les responsabilités et les expériences du terrain.
Au total, 21 ambassadeurs participent à la deuxième phase du programme.
Un parcours pour comprendre les enjeux et passer à l’action
Le parcours complet comprend huit journées de formation :
- deux journées initiales destinées aux dirigeants ;
- six journées réunissant les trinômes d’ambassadeurs.
Les formations sont animées par des intervenants disposant d’une double expertise en transition écologique et en qualité de vie et conditions de travail. La plupart connaissent également les spécificités du secteur de l’aide et du soin à domicile.
En complément, l’Aract Nouvelle-Aquitaine intervient pendant deux journées dans le cadre de son dispositif « Accélérateur des possibles ».
Cet accompagnement aide les structures à examiner leurs projets de transition écologique à partir du travail réel, de l’organisation des services et de leurs effets possibles sur les conditions de travail.
La phase de formation interstructures prendra fin le 15 septembre 2026. Des temps de travail seront ensuite organisés dans chaque service afin de permettre aux équipes de s’approprier les propositions, de les discuter et d’enrichir les plans d’action.
Des plans d’action coconstruits dans chaque structure
Les ambassadeurs ont été sensibilisés aux conséquences du dérèglement environnemental sur l’activité des services d’aide et de soins à domicile.
Ils ont notamment travaillé sur les risques auxquels les structures et les professionnels devront s’adapter dans les prochaines années.
Plusieurs ateliers ont également été consacrés à des thématiques concrètes :
- la mobilité durable ;
- l’alimentation durable ;
- l’utilisation de produits écoresponsables ;
- la prévention des risques environnementaux ;
- l’évolution de l’organisation du travail.
Des approches ludo-pédagogiques ont été utilisées afin de faciliter l’appropriation de ces sujets et de favoriser les échanges entre professionnels.
À partir des connaissances acquises et des pratiques inspirantes présentées au cours des formations, chaque trinôme a commencé à élaborer un plan d’action adapté à sa structure.
Cette première version n’est pas uniquement conçue par la direction. Elle est coconstruite par plusieurs métiers et plusieurs niveaux de responsabilité.
Elle sera ensuite présentée aux autres salariés afin d’être discutée et enrichie à partir de leur expérience du travail quotidien.
L’objectif est de permettre à chaque service :
- d’identifier ses marges de manœuvre ;
- d’anticiper les conséquences du dérèglement environnemental ;
- d’adapter ses pratiques professionnelles ;
- de préserver les conditions de travail ;
- de réduire, lorsque cela est possible, l’empreinte environnementale de son activité.
De premières réalisations concrètes
La démarche commence déjà à produire des effets opérationnels dans les structures participantes.
Plusieurs services ont notamment développé des kits destinés à mieux faire face aux épisodes de canicule.
D’autres travaillent à l’évolution de leur plan de continuité d’activité afin d’y intégrer plus précisément les risques associés au dérèglement environnemental.
Les journées de formation permettent également aux professionnels de partager leurs pratiques, de confronter leurs expériences et de découvrir des solutions expérimentées dans d’autres services.
Les participants alternent différents formats de travail :
- des séquences organisées par structure ;
- des présentations collectives ;
- des échanges entre pairs ;
- des ateliers de codéveloppement.
Au-delà des outils produits, le programme favorise une coopération étroite entre les dirigeants, les encadrants et les professionnels intervenant à domicile.
La transition écologique est ainsi abordée à partir du travail réel. Elle n’est pas uniquement portée par les directions ou envisagée comme une démarche descendante.
Évaluer l’appropriation du programme
En parallèle du parcours de formation, une évaluation de l’acceptabilité sociale d’AQTEA est conduite par la sociologue Fanny Thomas.
Son travail vise à comprendre comment les participants perçoivent les enjeux de la transition écologique et comment leurs représentations évoluent au cours du programme.
L’évaluation cherche également à déterminer dans quelles conditions les professionnels peuvent s’approprier les changements proposés.
Elle doit notamment permettre d’identifier :
- les freins et les blocages susceptibles de limiter l’engagement ;
- les leviers favorisant le passage à l’action ;
- le soutien perçu par les participants ;
- l’évolution de leur état d’esprit ;
- leur niveau de satisfaction à l’égard du programme.
Différents questionnaires et outils de suivi ont été mobilisés au cours du parcours.
À ce stade, l’évaluation porte principalement sur les participants directement engagés dans AQTEA. Une réflexion pourra être menée ultérieurement sur une mesure plus large de l’impact social du programme.
Une telle évaluation nécessiterait toutefois une durée d’observation plus longue.
De premiers constats encourageants
Les premières analyses réalisées à mi-parcours font apparaître plusieurs évolutions intéressantes.
Une diminution de l’éco-anxiété est notamment observée chez les participants.
Le fait de mieux comprendre les conséquences du dérèglement environnemental, de découvrir des pratiques inspirantes et d’échanger avec d’autres professionnels semble contribuer à réduire leur sentiment d’impuissance.
L’effet du groupe apparaît particulièrement important. Les participants constatent qu’ils ne sont pas seuls face à ces enjeux et qu’ils disposent de capacités d’action à leur échelle.
Les actions de transition écologique sont également davantage considérées comme des leviers d’amélioration des conditions de travail.
Elles ne sont plus uniquement perçues comme de nouvelles contraintes, mais comme une occasion d’interroger et de faire évoluer les pratiques professionnelles ainsi que l’organisation des services.
Des études pour documenter les conséquences du dérèglement environnemental
AQTEA s’appuie sur plusieurs travaux destinés à mieux documenter les effets du dérèglement environnemental sur le secteur de l’aide et du soin à domicile.
Une étude ergonomique sur la mobilité
Une étude ergonomique pilotée et financée par la Carsat Aquitaine a analysé les pratiques liées à la mobilité dans trois structures.
À partir d’observations et d’entretiens, des ergonomes du travail ont étudié les effets des solutions mises en place sur :
- les déplacements des professionnels ;
- l’organisation du travail ;
- les conditions de travail ;
- l’empreinte environnementale de l’activité.
Les conclusions de cette étude ont été présentées le 7 novembre 2025.
Elles ont ensuite alimenté les formations consacrées à la mobilité durable et permis de partager plusieurs pratiques inspirantes avec les structures engagées dans AQTEA.
Une étude sur la vulnérabilité des personnes âgées
L’Observatoire régional de la santé de Nouvelle-Aquitaine a également mené une étude sur la vulnérabilité des personnes âgées face au dérèglement environnemental.
Ses résultats doivent être présentés lors du prochain comité de pilotage d’AQTEA, programmé le 1er octobre 2026.
Mesurer la satisfaction au travail et l’empreinte environnementale
Les sept services engagés dans le parcours complet ont mesuré la satisfaction au travail à l’aide de l’Indice d’alignement humain, développé par le collectif L’Humain d’abord.
Initialement destiné aux intervenants à domicile, le questionnaire a été adapté afin d’intégrer également les personnels administratifs.
Les résultats ont été analysés pour chaque structure, puis à l’échelle de l’ensemble de la promotion AQTEA.
Une restitution collective a été organisée le 7 juillet 2026.
Cette mesure sera renouvelée un an plus tard afin d’observer les éventuelles évolutions de la satisfaction au travail.
Une mesure de l’empreinte environnementale a également été proposée aux sept structures. Elle comprend un état des lieux initial et une nouvelle évaluation prévue un an plus tard.
La collecte des premières données est toujours en cours.
Une communauté professionnelle qui se structure
Au fil des formations, une véritable communauté AQTEA s’est constituée entre les 21 ambassadeurs.
Les participants poursuivent leurs échanges au-delà des journées de formation. Ils partagent leurs réflexions, leurs difficultés et les solutions expérimentées dans leurs structures.
Plusieurs réunions ont déjà été organisées depuis le lancement du programme.
De nouveaux temps d’échange sont prévus d’ici à la fin de l’année 2026, notamment autour des pratiques managériales.
Cette ouverture s’explique par les liens étroits entre les transformations écologiques et les transformations organisationnelles.
Adapter les pratiques suppose souvent de repenser :
- la circulation de l’information ;
- l’autonomie des salariés ;
- la coopération entre les métiers ;
- la prise de décision ;
- la manière de conduire le changement.
Les échanges pourront également être élargis aux structures engagées dans les programmes IMANO, afin de mettre en commun les expériences relatives au management et à l’évolution des organisations.
Une démarche appelée à être partagée
Les enseignements du programme AQTEA ont vocation à être progressivement diffusés auprès d’autres acteurs de l’aide et du soin à domicile.
Le programme sera présenté le 29 septembre 2026 à Angoulême, lors de la Journée de partage des initiatives et pratiques inspirantes dans l’aide à la personne.
AQTEA fait partie des initiatives sélectionnées par le comité de relecture pour être présentées au public, puis valorisées sur le site consacré aux parcours des professionnels de l’aide à la personne.
Découvrir les initiatives des professionnels de l’aide à la personne
Le 3 décembre 2026, Clotilde Guillon Berghe interviendra également à Paris-La Défense dans le cadre d’une journée organisée par le magazine Direction autour de la gestion des risques.
Elle y présentera les origines du programme, sa méthode et les premières pratiques développées par les structures participantes.
Ces rendez-vous témoignent de l’intérêt suscité par une démarche qui associe étroitement :
- transition écologique ;
- anticipation des risques ;
- coopération entre professionnels ;
- évolution des organisations ;
- amélioration des conditions de travail.
Les partenaires du programme AQTEA
Le programme AQTEA bénéficie du financement de plusieurs partenaires :
- la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, ou CNSA ;
- la Région Nouvelle-Aquitaine ;
- AG2R La Mondiale ;
- les Carsat Aquitaine et Centre-Ouest ;
- le fonds de dotation Action Solidarité Intergénérationnelle ;
- Uniformation.
Il bénéficie également du soutien opérationnel de l’Aract Nouvelle-Aquitaine et de la Carsat Aquitaine.
Les premiers résultats du programme montrent l’intérêt d’une démarche qui ne sépare pas les enjeux environnementaux des questions de prévention, d’organisation et de qualité de vie au travail.